Chers amis,
CASAS entre actuellement dans une période complexe.
Parallèlement au travail d’accueil et d’aide à notre public, très intense, notre association va bientôt devoir faire face aux départs à la retraite rapprochés de la coordinatrice de l’accueil et de la directrice, trouver les personnes qui vont prendre leur suite et les former. Toutes deux ont une grande ancienne- té et ont acquis de ce fait une expérience importante dans des domaines complémentaires, donnant une stabilité de fonctionnement et une efficacité dans la gestion de CASAS que nous ne voulons pas compromettre.
C’est pourquoi nous recherchons des appuis qui contribueront à consolider au mieux les deux passages de relais qui vont avoir lieu entre les responsables en place et les personnes qui leur succéderont, au profit des actions que nous prévoyons de mener, sur cette même période et au-delà.
Cela est d’autant plus important que le contexte actuel, particulièrement défavorable à l’accueil des demandeurs d’asile et des étrangers en général, avec l’annonce et la mise en place de mesures de plus en plus restrictives, vient à la fois renforcer la difficulté de notre travail d’accompagnement et de conseil et rendre le développement de ce dernier plus indispensable que jamais.
Tout en poursuivant notre recherche, accentuée depuis 2023, de possibilités d’hébergement citoyen, et après un fort investissement en 2024/2025 dans plusieurs projets culturels, nous souhaitons réaliser en 2026 un approfondissement transversal de nos actions en place, en faveur des personnes les plus fragiles de notre public.
Nous identifions notamment comme bénéficiaires de ce projet les femmes seules avec ou sans enfant.s, les personnes plus âgées, et les personnes « dublinées » et précédemment « dublinées ».
Il est à noter que de nombreuses personnes sont concernées par plus d’une de ces catégories et cumulent par conséquent des difficultés variées, auxquelles viennent souvent s’ajouter d’importants problèmes de santé.
Les femmes reçues à CASAS sont nombreuses : elles représentent plus d’un tiers des adultes accompagnés juridiquement, et près de la moitié des inscrits aux cours de français. Parmi elles, on compte de nombreuses femmes isolées, seules ou avec des enfants, au point que les familles monoparentales (composées d’une mère et d’un ou plusieurs enfants) représentent plus de 40 % des familles que nous suivons.
Ces personnes ont souvent subi de graves violences liées au genre, dont des violences conjugales, et leur impact vient s’ajouter à toutes les pertes liées à l’exil. Notre accompagnement en tient compte, dans l’écoute et le recueil de la relation des évènements qui ont déterminé leur fuite, complétés par la proposition d’orientations vers des partenaires assurant des soins médicaux ou un soutien psychologique.
Les personnes âgées de plus de 50 ans représentent un tiers de notre public.
La dématérialisation rend complexe pour tous l’accès à certaines informations importantes, à des possibilités de rectification d’erreurs, à la prise de rendez-vous… Ces problèmes d’accès et de compréhension sont plus marqués dans le cas de demandeurs âgés, souvent moins familiers des démarches en ligne que les personnes plus jeunes, certains peinant par ailleurs avec l’apprentissage d’une nouvelle langue et l’appréhension d’un nouveau contexte culturel. Ces différents facteurs, entre autres, contribuent à renforcer l’isolement qui touche ces personnes qui, en fuyant leur pays, ont perdu les repères d’une grande partie de leur vie : maîtrise des codes, proximité des membres de famille, réseau amical, stabilité matérielle, engagements personnels et professionnels…
Les personnes vulnérables que nous recevons peuvent aussi être ou avoir été concernées par le règlement de Dublin. Nous vous avions fait part en détail de notre préoccupation à leur égard dans un précédent courrier.
Elles sont en effet d’abord empêchées de solliciter le statut de réfugié en France, et soumises à une attente de plusieurs mois, le temps pour la Préfecture de saisir le pays européen de premier passage d’une demande de réadmission pour elles. Ces personnes et familles, nombreuses dans notre département, se voient ensuite imposer 12 mois d’attente supplémentaire, qui plus est dans une totale précarité et dans l’angoisse constante d’un renvoi, si elles souhaitent déposer un dossier à l’OFPRA. Les difficultés ne s’arrêteront pas là : durant toute leur procédure d’asile, parce qu’elles étaient « dubli- nées » auparavant, elles n’auront pas accès à une place en centre d’accueil et ne percevront pas l’allocation pour demandeur d’asile.
Pour elles comme pour les autres personnes en situation de grande fragilité qui viennent nous rencontrer dans nos accueils, nous voulons pouvoir tout particulièrement déployer l’ensemble des aides et services que nous avons mis en place : permanences d’accueil et de conseil, complétées par une réception tout au long de la semaine en cas de nécessité, suivi social, accompagnement juridique, domiciliation postale, remise d’aides matérielles d’urgence, dont les moyens permettant de se rendre aux convocations de l’OFPRA et de la Cour, cours de français, temps d’animation et de convivialité, sorties et ateliers variés...
Espérant qu’il vous sera possible de nous soutenir dans ce développement de nos différentes actions en 2026, et avec nos amicales pensées et tous nos vœux pour les fêtes et l’année à venir,
Bien sincèrement,
Daniel Mathiot, Président
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