Personne ne quitte sa maison jusqu’à ce que ta maison soit cette petite voix dans ton oreille
Qui te dit
Pars
Pars d’ici tout de suite
Je ne sais pas ce que je suis devenue
Mais je sais que n’importe où
Ce sera plus sûr qu’ici.Warsan Shire
Home (extrait)
2010
Chers amis,
Tandis que certains ajustent des barbelés sur les murs, votent de nouvelles restrictions, multiplient et
perfectionnent à l’infini les outils de contrôle, affrètent des avions pour des retours forcés, ouvrent de
nouveaux centres fermés, d’autres fuient leur pays.
Fuir son pays, une décision courageuse, une décision folle, un choix impossible, souvent le seul choix
possible, pour sauver sa vie, sa sécurité, protéger sa liberté, l’avenir de ses enfants.
Fuir son pays, partir, ce n’est pas tout-de-suite arriver quelque part.
C’est prendre le risque d’être rattrapé, arrêté, celui de rencontrer sur le trajet des personnes qui ne
verront en vous qu’une source de profit à exploiter, le risque de traverser les frontières et la mer au péril
de sa vie aussi.
Et quand on arrive, exténué, sur une plage, on n’est pas encore arrivé, on n’est pas encore arrivé quelque
part.
On me parle et je ne comprends pas, les panneaux, les documents qu’on me tend sont indéchiffrables,
et quand des explications me sont données dans ma langue, je découvre qu’en France la majorité des
demandeurs d’asile dorment dehors ou dans des conditions de fortune, même les familles, même les
bébés, même les personnes âgées, malades, handicapées...
Je découvre que je n’ai que trois semaines pour déposer ma demande d’asile dans laquelle devra figurer
un récit détaillé de ce qui m’est arrivé, que durant l’attente d’une réponse, je n’ai pas le droit de
travailler, que pendant trois mois, je n’ai pas le droit d’être soigné, que je devrai me débrouiller sans
rien au début et peut-être durant toute la procédure, que je n’aurai pas à manger tous les jours.
Certains ajustent des barbelés sur les murs, d’autres font tout le contraire.
A Strasbourg, CASAS met tout en œuvre pour contribuer à combler les lacunes du système, et pour
accueillir au mieux ces personnes, ces familles à la recherche de conseil et d’aide dans tant de domaines.
CASAS met tout en œuvre pour continuer à être un lieu où elles pourront bénéficier d’un
accompagnement systématique dans une procédure particulièrement complexe, d’un suivi et d’un
soutien pour les difficultés du quotidien, de l’aide de quelqu’un qui parle la bonne langue et qui se
mettra à l’écoute, des heures durant, pour recueillir tous les éléments de leur histoire afin qu’elles
puissent, malgré la précarité, soumettre un recours en bonne et due forme à la Cour Nationale du Droit
d’Asile.
Un lieu aussi où les enfants pourront jouer, fêter leur anniversaire, se réjouir à la perspective d’une
sortie dans la nature.
Un lieu où se poser, rencontrer des gens bienveillants, reprendre des forces, partager ses idées, ses
connaissances, apprendre la langue et découvrir la culture du pays.
Un lieu où se sentir bienvenu, où se sentir arrivé quelque part.
Pour continuer à être tout cela à la fois, et bien d’autres choses encore : un lieu où s’investir utilement,
un lieu de stage intéressant et formateur, un lieu qui répond aux demandes d’information et met en
place des actions de sensibilisation sur l’asile.. CASAS a besoin de votre soutien.
Dans l’espoir qu’il vous sera possible de nous aider,
Bien sincèrement,
PA.
Pascale Adam-Guarino, directrice
et toute l’équipe de CASAS