À propos de solidarité
Les crédits consacrés à l’accueil des demandeurs d’asile sont en baisse constante et en conséquence maintenant plus de 55 % d’entre eux n’ont pas de place en CADA [1] et ne peuvent donc pas bénéficier de l’accompagnement que l’État leur doit en application des conventions internationales pour les assister dans leurs démarches.
Sur le plan juridique l’accueil des demandeurs d’asile est d’ailleurs toujours plus difficile, les nouvelles lois compliquant encore et encore l’accès aux droits des personnes cherchant refuge dans notre pays. Par exemple l’application stricte des accords de Dublin condamne un grand nombre d’entre elles, ayant eu le « tort » de transiter par un autre pays européen avant de déposer leur demande d’asile en France, à une errance sans ressource pendant des mois quand elles sont considérées en fuite. Une fois ce délai passé et donc autorisées à déposer une demande d’asile, elles peuvent être privées des conditions matérielles d’accueil et condamnées à vivre dans la précarité. Elles n’ont alors même pas les moyens de se payer les titres de transport pour se rendre en région parisienne pour l’audition à l’OFPRA [2]. Une absence à cette convocation se traduit systématiquement par un rejet de la demande ; CASAS a donc fait le choix de financer ces billets pour des personnes précédemment « dublinées » que nous avons accompagnées et conseillées quand elles étaient encore en procédure de réadmission.
Le niveau de maîtrise du français exigé pour obtenir un titre de séjour augmente à partir de janvier 2026 alors que les conditions d’apprentissage se dégradent : depuis le 1er juillet 2025 les cours proposées par l’OFII [3] sont dématérialisés via une plateforme numérique où les exercices sont corrigés exclusivement par l’intelligence artificielle !
Etc., etc., les exemples ne manquent malheureusement pas…
Alors que dans notre contexte national le mot de solidarité perd ainsi jour après jour de son sens, alors que nos sociétés rejettent toujours plus « l’autre », laissant à la rue et sans assistance des personnes dont le seul tort est de demander la protection de la France (qu’elles voient encore souvent comme LE « pays des Droits de l’Homme » [4] ) après avoir subi des atrocités sans nom, un témoignage éclairant, que vous connaissez peut- être déjà, me revient à la mémoire et je me permets de le (re)proposer à votre réflexion :
Un anthropologue a proposé un jeu aux enfants d’une tribu d’Afrique du Sud, les Xhosa. Il a mis un panier de fruits près d’un arbre et a dit aux enfants que le premier arrivé gagnerait tous les fruits. Au signal, tous les enfants se sont élancés en même temps… en se donnant la main !! Puis ils se sont assis ensemble pour profiter de leur récompense. Lorsque l’anthropologue leur a demandé pourquoi ils avaient agi ainsi alors que l’un d’entre eux aurait pu avoir tous les fruits, ils ont répondu : « UBUNTU. Comment l’un d’entre nous peut-il être heureux si tous les autres sont tristes ? » UBUNTU dans la culture Xhosa signifie : « Je suis parce que NOUS sommes »
Sans commentaire…
Ou plutôt si : puissions-nous prendre exemple dans nos sociétés favorisées !
P.S. Le cas particulier des personnes « dublinées » cité ci-dessus n’est qu’un exemple parmi d’autres de l’augmentation des dépenses auxquelles CASAS doit faire face pour mener à bien sa mission. Nous comptons donc aussi sur votre solidarité financière, chaque don est essentiel à la survie de notre association…
Daniel Mathiot
Président
